Interview Youssoupha & Philo

Interview Youssoupha & Philo



Pour commencer peux-tu nous résumer ton parcours, tu as fait notamment partie d'un groupe, Les Frères Lumières ?

YOUSSOUPHA : C'est un projet que j'avais monté avec mon producteur musical. Bee Gordy. À l'époque on a sorti un 2 titres, "Né quelque part / Né à Kinshasa", en 1999. Avant il y avait eu Sachons Dire Non et tous les projets avec le Ménage A 3, concerts ou compiles, des mixtapes... Bref, le passage obligé. Mais je n'avais encore jamais mis en place un projet solo à moi.

Tu fais donc partie de ce qu'on appelle le 3ème Underground...
PHILO : On parle du Sème Underground depuis la mixtape Ménage A 3 [avec Cut Killer, récemment réédité. NDLR], mais maintenant on développe vraiment. Pour l'instant il y a Youssoupha et Poison, et aussi le petit Abdel que Mr R produit. C'est un peu la suite du MA3, on veut lancer un nouveau mouvement.
Y : Je n'ai pas choisi d'y rentrer, car franchement pour moi le 3ème Underground c'est la famille. J'ai toujours été avec eux. Mon icône était D.O.C. des 2 Bal à qui je fais un "big up", parce que franchement il nous manque beaucoup en tant que rappeur et en tant qu'homme. Il manque également beaucoup au Rap français.

Tu sors donc à la rentrée ton premier projet avec le street DVD + CD Yousssoupha où tu développes notamment le thème de la négritude...
Y : J'ai l'impression que les gens aiment bien les revendications et les identités fortes, c'est pour ça qu'aujourd'hui tu vois beaucoup de gens qui sont fascinés par Lumumba, qui mettent des tee-shirts à l'effigie du Ché ou des sportifs afro-américains aux jeux de Mexico en 1968. Et je pense que le concept de négritude trouve beaucoup d'échos auprès des Noirs, mais aussi auprès des Blancs. des Arabes. des Asiatiques... Mon message n'est pas hostile. les gens m'ont compris et surtout que ma revendication, je la fais à partir du moment où je suis un Noir en France. La France est devenu mon pays, j'ai 25 ans, j'ai passé la majorité de ma vie ici. C'est ma vie et ça risque d'être celle de mes enfants, donc c'est dans ce cadre-là que je m'exprime.

Quel est le but de sortir sous la forme d'un street CD + DVD ?
P : En vérité le vrai produit c'est le DVD. Il y a un suivi, un cheminement, des sessions studios, des clips. Tu as presque tous les titres. Et après tu as le CD qui en est la B.O. C'est un nouveau concept qu'on veut instaurer. Sur ce DVD il y a des lives, etc, le tout fait dans un esprit street. Il y a les tournages de clips, dès fois tu vois les séances photos, les délires avec G-Kill en concert, les enregistrements, l'écriture et les voyages. Et on a également mis en place le site Internet : www.youssoupha.com.

Qu'est-ce qu'on peut attendre de ton premier album en préparation, Négritude ?
Y : On voudrait le sortir 4 mois après le street CD, donc plutôt pour début 2006. La mixtape c'était pour installer le nom. Sur l'album, il y aura de bons remixs. Pour l'instant je ne veux pas trop en parler, mais en tout cas je serai quasiment tout seul dessus comme pour le street CD. Comme le dit Nas sur "Got Yourself a Gun" : "My first album..." ["Sur mon premier album, il n'y avait pas de gros invités / résultat on m'a donné le titre de meilleur lyriciste". NDLR]. C'est le genre de défi que j'aime bien me lancer. Je suis contre les gros featurings tapageurs si ce n'est pas justifié. Par exemple Sinik sera sur l'album Négritude pour faire une réponse à "Toubab" qui est sur le street CD, c'est super justifié. Et il y aura aussi un remix de "Labyrinthe" [titre collectif qui figurait sur 3 X Plus Efficace, l'album des 2 Bal / 2 Neg', NDLR] sur lequel je veux mettre quelques gars frais comme Sefyu. Je ne veux que des gars frais, pas des gars qu'on a pu entendre partout, ça ne m'intéresse pas.

By Myrza

# Posté le dimanche 18 mars 2007 12:23

Modifié le lundi 19 mars 2007 07:54

Dangereux



J'suis qu'MC relayeur
Puisque que le monde nous donne des frayeurs
La raison du plus faible est-elle parfois la meilleure ?
Et d'ailleurs à force de perdre j'ai prouvé ma vertu, une emmerde de perdue 10 de retrouvées
Regroupés, l'espoir de paix nous rassemble, nos peines se ressemblent et nos pertes se ressentent
Nos plaies sont récentes, d'Afrique en Amérique plus dur sera la descente car l'opinion publique est amnésique
Ma musique a comprit ses dirigeants mec c'est souvent en son-pri qu'on apprend a braquer la diligence
J'ai pas 10000 chances de devenir millionnaire, visionnaire pour y arriver, j'ai besoin d'un flingue... ou d'un dictionnaire
Dingue révolutionnaire en air max requin en marge mais tu retiens à la marque du refrain
Les refrés vivent en otage ou en autarcie, du chaud au froid comme si ils passaient de Gwada à Bois D'arcy
J'vois la cible, la gloire comme objectif, impassible, du mal à croire à la victoire de mon effectif
J'ai pas l'air festif j'ai pas l'air cool, donne un salaire qu'on investisse, pas qu'on galère tous t'as vu
Finit la garde à vue c'est l'heure des big boss, y'a même des gosses receleurs ou hustler à la Rick Ross
Flics, procs, et le mépris s'installe, comment faire du fric propre quand mon équipe a les mains sales
Je m'installe, à vous de juger celle-ci, faut gruger pour avoir un jet ou le budget de CHELSEA
Y'a pas d'éclaircies l'avenir est nuageux, les jeunes sont plus rageux et même le gun n'est plus un jeu cousin
Y'a plus d'balles à blanc on s'tire entre nous, plus de mal qu'auparavant on s'nique entre nous putain hein
J'te l'avais dis qu't'avais jamais entendu de rap Francais

Frain-re:

Dangereux... où que j'aille c'est la pression
C'est la bataille ou l'oppression
Dangereux... on laisse une mauvaise impression
Les miens sont-ils différents des votre? c'est la question

Ok, mon rap choc comme un attentat, attitude punk arrêtez les beats crunk putain on est pas à Atlanta
On entame une nouvelle épopée, ça fait long time qu'on est de taille vu les entailles dont on a écopés
On a un biz à développer, esprit d'entreprise, (vise) toujours op même si le mépris des gens te brise
Gentleman, trop de femmes on fait de moi un homme, dédicace aux soeurs, aux mères, qui remettent nos vies en ordre.
Loin des normes ? Tout reste à vérifier, peut-être qu'en vérité y'a qu'des tapettes chez les V.I.P
Toi tu t'la pète, ton équipe équipée ? plus tard tu baisseras la tête quand y'aura des gifles à éviter
Si l'rap était dirigé par mes lascars negre, mes negres feraient des pascals sans Pascal Nègre
Au lieu de jacter dans les ténèbres essaies de taffer pour qu'ton label devienne célèbre et reste intègre, intègre

Frain-re:

Dangereux... où que j'aille c'est la pression
C'est la bataille ou l'oppression
Dangereux... on laisse une mauvaise impression
Les miens sont-ils différents des votre ? c'est la question

Ok, c'est pas parce qu'on est fils d'indigènes que l'histoire se termine mal
Si l'talent était cancérigène je serais en phase terminale
J'rage interminable et animal, on essuie pas le sombre passé de nos pères avec des perles lacrymales
Ils veulent que je m'acclimate ou que je parte, et ils font de l'audimat avec des perquis' dans nos apart'
Où j'en serais sans Rosa Parks ou Toussaint Louverture? n a voulu m'abattre avec mes valeurs et ma vertu
J'ai mal vécu leur politique, la haine est prolifique, et dans notre histoire ils se donnent un rôle positif
Mon disque est un dispositif à ta disposition
Qui prétend faire du rap sans prendre position ?


----*----

OKé, toutes les paroles sont sur Youssoupha95.skyblog.com allez y dessus.
Et je ne fais aucune concurence à d'autres blogs, c'est juste un de plus sur Youssoupha parce que il le mérite, et donc oublié pas d'aller faire un tour sur :
- Youssoupha95.skyblog.com
- Youssoupha94.skyblog.com
- Youssoupha.skyblog.com

# Posté le dimanche 18 mars 2007 13:11

Vous avez demandé la police ?

Vous avez demandé la police ?


Vous avez demandé la police ? Ne quittez pas...


Soyons bref et concis
Dans la brèche, j'concilie guerre et trêve
Et traîne avec des frères circoncis
Dans ma circonférence, on crame mon skeud comme un SCUD
J'suis issu de la conférence sud
Ca sue des bras comme au stud'
A 15 dans la cabine, à chercher la combine pour 18 carats sans carabine
Racaille, j'compte sur mes ra-cats, pas sur ce con d'calibre
Tant qu'on s'canne au canon, on cale et on s'ra pas libre
Ca palabre, barré en zone lugubre
Et j'passe plus pour un taré, que pour un maître de cérémonie
On t'serre les menottes quand tu tends la main pour faire l'aumône
Maudit bordel, check le model qu'on laissera aux mômes
Autonomes, Bomayé mon pendentif
Plus que des indés, on veut être blindé indépendantistes
Allez en piste sans pincette et sans piston
J'ai fondé mon empire sans 357 python
J'arrête le pilon, il a corrompu mon esprit
Et les ptits cons qui ont corrompu mon nesbi
Encore une esquisse, le beat je le dissèque
Toujours en esquive face à ceux qui tapent le 17
Soyons directs, en France, la police tue
Et dans l'oubli la République se prostitue
Meurtres au bang-bang, déguisés en bavure
Car en garde à vue on canne les peaux des "ben ben" t'as vu



# Posté le dimanche 18 mars 2007 13:13

Modifié le lundi 19 mars 2007 06:39

Youssoupha - Planéte Rap

Youssoupha - Planéte Rap


Youssoupha été sur Planéte rap !
Tu l'as raté ? Te cass, y'a le zapping sur son blog:
Youssoupha.skyblog.com

Y'auras aussi l'emission qui vas pas tarder a passer sur France 4
Dés que je sais la date de la difusion, je vous le dit je l'as mettré sur le blog.
J'enregistrerais l'emission...

En attandent y'a la zapping sur son blog donc allez faire un tour !

Si non, y'as toujours des infos plus précises sur Youssoupha95.skyblog.com.

# Posté le dimanche 18 mars 2007 15:43

Modifié le lundi 19 mars 2007 02:02

Interview du Lyriciste de Bantou

Interview du Lyriciste de Bantou


Question bête : pourquoi le rap ?

J'ai passé mon adolescence en banlieue où le rap est la première culture. Son avantage, c'est qu'il permet de dire des choses très vite, sans passer par la case solfège ou cours de chant, difficilement accessible tant au niveau pratique que financier. J'ai toujours raffolé de l'écriture. Le rap est devenu un alibi, qui s'est ensuite transformé en opportunité pour “vomir” tout ça.


Ce qui frappe c'est le soin porté aux paroles. On sent le perfectionniste...

C'est mon sudoku à moi (rires). J'aime les belles tournures de phrase, j'aime allier le fond et la forme dans mes textes. S'il y a bien une chose que j'aime en France, et dieu sait qu'il y a des choses que je n'aime pas, c'est la langue. On peut trouver des belles formules avec un sens porteur, fort, presque par magie. Je veux traduire une pensée mais je veux aussi que ça sonne, il ne faut pas oublier qu'on fait de la musique.


Vous critiquez les faux gangsters du rap qui se cantonnent à un public restreint.

Mon rap est passionné : c'est la musique qui me fait vivre et respirer. Mon rap est militant : ce mouvement est né dans la lutte et je veux perpétuer ça. Mais mon rap est aussi populaire. Je veux toucher le plus de gens possible, et partager mes émotions, échanger. J'ai cette envie de faire d'abord du rap, puis d'aller au-delà.


Vous citez et samplez Malcolm X, Martin Luther King et consorts en les opposant à l'idole des banlieues Jacques Mesrine.

Comme tous les jeunes de mon âge, j'ai écouté les récits sur Mesrine : il y a quelque chose de fascinant dans sa vie. Il est devenu un cliché du rap, mais finalement, c'est un héros qui n'a jamais rien fait pour moi. Alors qu'il y a des gens, comme Malcolm X, Leopold Senghor, Martin Luther King, qui ont fait plus pour moi, ma culture, mon identité, et ces gens-là sont à mon sens plus légitimes à défendre. J'ai plus envie de dire aux jeunes de s'intéresser à ces gens. Mesrine me fascine, mais il ne me sert à rien.


Vous avez déclaré : “Affirmer l'identité de sa communauté, être fier d'être noir, ça ne veut pas dire fermer sa porte aux autres.” Vous craignez le communautarisme ?

Adolescent, j'ai voulu affirmer mon identité de manière radicale, sectaire : le monde n'en a rien à foutre de moi, je n'en ai rien à foutre des autres. C'était la mauvaise manière. Au cours de mes écritures et de mes rencontres, je me suis rendu compte qu'on s'enrichissait de nos cultures respectives. Je suis contre l'idée d'intégration : on arrive, on se moule, on est tous pareils. Croire que l'on peut intégrer les gens, c'est une utopie. C'est trop tard, le brassage est là, alors autant réfléchir au moyen de se combiner le mieux possible.


“En France je vis comme un étranger mais cette vie c'est la mienne.”

Je n'en suis pas fier, mais malheureusement je ne me sens pas français. Pourtant je vote, fais mon devoir de citoyen, essaye d'être une voix pour ma communauté, d'être un porte-voix pour les gens qui se reconnaissent en moi. Tristement, je crois que l'on est beaucoup dans ce cas-là. Et ce toujours pour les mêmes raisons... Récemment on a vu le reportage 'Dans la peau d'un Noir' avec lequel je n'ai absolument rien appris ! Tant mieux si les gens ont été choqués, mais pour moi ça arrive presque tard, ça ne m'émeut plus depuis longtemps. Le racisme au quotidien existe en 2007.


Quel regard portez-vous sur cette campagne ?


Elle m'intéresse. Mais vu d'ici, je trouve que c'est une campagne de son époque, faite de communication et de stratégie médiatique. On est submergé de sondages qui influencent plus qu'on ne le croit, gonflent artificiellement certaines personnes. Même si ça semble bête de dire ça en 2007, on voudrait voir plus de programmes, moins d'ego, plus de candidats variés. Entre les principaux candidats, la différence est minime, comme entre droite et gauche.


Cette campagne parle peu de culture...

Médiatiquement, c'est moins vendeur. Quand on leur soumet quelque chose de culturel, les gens s'y intéressent. Quand on ne leur propose pas, la démarche est difficile et la culture devient privée, réservée. Il faudrait la rendre publique. Pour ma part, je trouve que le principal problème est le chômage. Au-delà des candidats actuels, c'est un problème ancien et profond. C'est pourtant lui qui crée les inégalités, la pauvreté, les tensions sociales. Le problème, ce n'est pas les jeunes qui traînent dans un hall, il y a de l'amnésie autour du problème principal. On s'attaque aux conséquences, pas à la cause. Officiellement, tout le monde lutte contre le chômage, mais aucun des candidats principaux ne condamne ces patrons qui ferment des usines non pas pour des vraies raisons de redressement mais pour gagner encore plus d'argent. Ca fait partie de l'hypocrisie de campagne.


Comment envisagez-vous le rôle de l'artiste ?


L'artiste n'est pas, à la base, un acteur politique. Il n'est pas obligé de s'engager. Pourtant, il est souhaitable de le faire, et les origines du rap font que cette musique est née dans l'engagement et dans la lutte. Assassin disait : “Qui prétend faire du rap sans prendre position ?” J'ai pris ça au pied de la lettre. Le rap est fait pour prendre position : c'est la musique de gens qui ne sont pas représentés politiquement et médiatiquement. Moi j'ai ce pouvoir, j'ai l'occasion de parler, ma musique passe, je suis une fenêtre. Donc je ne peux pas perdre mon temps : il faut que je pointe le doigt sur ce qui ne va pas. Cet engagement est plus que nécessaire, il est intrinsèque au rap.


Le rock aussi avait cette volonté contestataire avant de s'empâter.

Le rap n'est pas à l'abri de ça. Je suis loin d'être le plus engagé, je veux juste garder l'image du porte-voix. Juste dire aux gens quand ça ne va pas. Au moment des émeutes, les journalistes sont venus nous interviewer. Mais c'était comme pour l'émission de M6 : on le savait, c'était annoncé. Je chante “C'est parce que des flics ont tué des mômes qu'il y avait des mômes dans les émeutes”. On a tué des enfants. Pas des jeunes, pas des racailles, des enfants. C'est logique que leurs potes pètent les plombs. On se fédère toujours dans la douleur et la violence, comme des ouvriers l'auraient fait. Quand il se passe quelque chose, j'en parle, je le glisse dans une interview. Et ces informations je les reçois de tout le monde, des Noirs, des Blancs, des Maghrébins qui sont sur le terrain. Je suis un relais.


”On décrit la même réalité, on dénonce les mêmes problèmes, titre après titre, album après album, au point que j'ai le sentiment que tout ça n'est qu'un éternel recommencement.”
L'artiste responsable a-t-il le droit de baisser les bras ?


Le sentiment de lassitude revient souvent. A force de dénoncer ce qu'on va appeler le racisme sous-jacent, on a l'impression de devenir cliché. Je vais le dire, un collègue va le dire, NTM le disait à l'époque, et finalement rien ne change. On perdrait presque notre crédibilité à force de le répéter, mais pourtant il le faut. Personne ne te dira “Sale Noir” ou “Sale Arabe”. Par contre, face aux institutions, aux juges, à l'employeur, dans les salles de classe ou chez la conseillère d'orientation... Parfois je doute, je tente d'apporter mes mots, mon angle. On se répète, mais on n'a pas le droit de se taire.


Votre définition de la culture ?

La culture est le moyen de s'éveiller et d'échanger. Je suis persuadé que le progrès humain se fait au niveau des échanges, et ce tant au niveau personnel, familial qu'au niveau international. La culture, c'est l'éveil à travers l'échange des connaissances, de l'art, de la création. On devient moins cons, pour le dire vulgairement, quand on rencontre les gens. Quand je lis un bouquin, j'échange avec l'auteur, quand j'écoute un disque, j'échange avec le chanteur. A chaque fois qu'on veut coloniser les gens mentalement, on met des barrières au niveau de la culture. On commencera toujours par brûler des livres, censurer, enlever des livres des bibliothèques avant d'exécuter ou de torturer.


La culture rap est toujours considérée comme une sous-culture. Ca vous blesse ?


Le rap était underground à ses débuts, comme le punk ou la house. Depuis, le rap est devenue la première musique de la jeunesse française. Il suffit de voir les ventes de Diam's, Booba, Eminem ou 50 Cent. Médiatiquement pourtant, la représentation est infime. On nous bassine avec des artistes qui vendent trois fois moins de disques que nous... Le rap fait peur et reste pour beaucoup une musique anxiogène, qui met le doigt là où ça fait mal. Les médias ne font pas l'effort du rap, ils ne veulent pas s'engager, risquer des problèmes avec leurs annonceurs... Il y aura toujours du rap underground, mais je veux vraiment que le rap devienne populaire. Ils nous ferment les portes, mais on rentrera par la fenêtre... Dix ans qu'on dit que le rap meurt, dix ans que le rap fait les meilleures ventes.


Culture et Internet : danger ou avenir ?

Si on parle à ma maison de disques, c'est sûr qu'il vont répondre qu'Internet est un gros problème. Oui, le téléchargement est un problème. Mais il faut être honnête : les disques sont chers, beaucoup de gens ne peuvent pas en acheter. Internet reste pour moi une chance énorme. C'est devenu ma première source d'information - aussi parce que je suis un déçu de la télé. Je n'ai plus confiance en la presse, et j'aime trouver mes propres sources puis les recouper. C'est un moyen formidable de libérer culture et information. Il faut juste trouver un moyen de satisfaire tout le monde, et regarder aussi les fournisseurs d'accès, par exemple, s'en mettre plein les poches sur notre dos. Parce que je pense vraiment qu'Internet permet de faire connaître de nouveaux artistes en leur évitant de passer par les lourdes étapes habituelles.


Et si demain vous êtes ministre de la Culture ?

Je fais en sorte de faire plus le lien entre l'éducation et la culture. Les deux ministères sont distincts, mais le goût de se cultiver, de se renseigner, doit se cultiver dès le plus jeune âge. Le choix de se nourrir de ce dont on a envie vient trop tard. Non pas qu'il faille choisir son cursus plus tôt, mais se renseigner plus sur ce qu'ont envie de faire les enfants. Je me rappelle quand j'étais gosse, une fois, en musique, j'avais fait un rapprochement entre Nougaro et Armstrong. Ca m'avait passionné. Mais on était vite revenu à Beethoven qui, sans remettre en cause son talent, m'intéressait moins. Répondre aux attentes des enfants, c'est primordial. Comme leur parler du monde comme il est, et pas seulement du monde comme il était avant.

# Posté le mercredi 28 mars 2007 14:34